Pape françois juin 2015 Sarajevo

Et un pape pensa à sauver le monde

    La visite du chef de l’Église catholique ce mois-ci à Cuba puis aux États-Unis est un symbole. En à peine plus de deux ans de mandat, François s’est bien plus engagé diplomatiquement que ses prédécesseurs. Outre les sujets de société, ce pape se mêle également de politique international et participe aux nouveaux équilibres mondiaux. Il suffit de jeter un œil à son agenda pour deviner que l’homme à la tête de plus d’un milliard de croyants n’est pas prêt de s’arrêter.

    obama castro USA cuba septembre 2015 poignée de main historique MM Obama et Castro le 29 septembre 2015 (REUTERS)

    D’abord, il passe trois jours à Cuba et sert la main de Raùl puis de Fidel Castro, respectivement actuel et ancien Présidents de cette république insulaire. Puis s’envole directement de la Havane le 22 septembre pour Washington où il est accueilli sur le tarmac par la famille du Président états-unien Barack Obama au complet. Une fois sa tournée officielle achevée, le pape a laissée place à une autre poignée de main exceptionnelle et inédite : le 29 septembre, MM Castro et Obama eux-mêmes se saluent à New-York. Pour le souverain pontife, cette succession d’images très ordonnée est la conclusion d’un travail diplomatique de longue haleine.

    Avant lui, Benoît XVI en 2012 et Jean-Paul II en 1998 s’étaient rendus sur la plus grande île des Antilles pour rencontrer les dictateurs castristes. Pourtant, que ce soit en décembre 2014, lorsque M. Obama annonce le dégel des relations entre les deux pays ou lorsqu’il rencontre son homologue cubain en septembre 2015, c’est bien le pape François qu’il remercie personnellement pour son aide.

    Concilier droit divin et droit international

    Mais c’est une autre légitimité qui lui permet de jouer ce rôle de négociateur : les 1250 millions de fidèles comptabilisés par l’Église catholique apostolique et romaine sont répartis sur le globe tout entier et revendiquent un unique meneur spirituel qui signe ses courrier « Serviteur des serviteurs de Dieu ». Ce qui n’est pas une fonction très répandue…

    Alors l’homme qui s’appelait un jour humblement Jorge Mario Bergoglio ne laisse aucun sujet de côté. A Cuba, il évoque doucement les limites d’un régime autoritaire. Devant le congrès des États-Unis, il parle de problématiques de société comme l’avortement, le mariage homosexuel, la peine de mort ou le réchauffement climatique. Dans ce domaine, d’autres papes que lui auraient agit de la même manière.

    pape hitler john cornwell albin michel livre Couverture de l’ouvrage « Le Pape et Hitler » écrit par John Cornwell et publié par Albin Michel

    Peut-être est-ce l’ombre de l’époque sombre, durant laquelle Pie XI et Pie XII signèrent des concordats avec Mussolini et Hitler, qui poussèrent Benoît XVI et Jean-Paul II à la prudence durant leurs mandats respectifs de 7 et 27 années. Toujours est-il que les deux derniers Évêques de Rome se sont plus exprimés sur des sujets de société qu’autre chose. Par exemple, l’Histoire retiendra aisément la polémique en deux temps crée par Benoît XVI de 2009 à 2010. Lors d’un voyage en Afrique de l’Ouest, il déclare que l’usage du préservatif aggrave le problème du sida, en débridant la sexualité. Puis revient un an plus tard sur ses propos : « Le préservatif peut dans certains cas réduire le risque de contamination » notamment pour les «hommes prostitués » en « moralisant leur sexualité ». Ambiance.

    Le pape : un super-évêque qui s’en mêle

    Mais c’est une tenue différente que François revêt lorsqu’il devient le premier pape à pénétrer le cœur du pouvoir politique occidental, le bureau ovale de la Maison Blanche, le 23 septembre : celle d’un ambassadeur un peu apatride mais très actif. Et ce rôle-là, ses prédécesseurs récents ne se sont pas risqué à l’endosser.

    Pape françois juin 2015 Sarajevo Le pape François à Sarajevo en juin 2015 (ANDREJ ISAKOVIC / AFP)

    Lui l’assume pleinement. Lors d’un déplacement à Sarajevo en juin 2015, le pape s’exprime pour dénoncer le « climat de guerre en Europe », une référence au conflit en Ukraine. Il va jusqu’à évoquer « une espèce de troisième guerre mondiale livrée par morceaux ». Dans ce sillage, il demande quelques jours plus tard au Président russe Vladimir Poutine de « faire un effort sincère pour la paix en Ukraine » lors d’un face à face organisé au Vatican, après que la Russie a été accusé de militariser la région à son avantage.

    Ses prochains déplacements attendus concernent également des points chauds de l’actualité. François se rendra en République centrafricaine les 29 et 30 novembre, où un conflit armé oppose un groupe majoritairement chrétien à un groupe majoritairement musulman et a déjà causé plus de 5000 morts. L’année prochaine, en juillet 2016, il devrait voyager en Pologne dont près de 90 % de la population se revendique catholique et qui hésite encore a jouer un rôle important dans la crise migratoire qui secoue l’Europe, par peur des réfugiés non-chrétiens.

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