Christophe Jakubszyn, directeur adjoint de TF1/LC1 (capture Youtube)

Des hommes derrière les lignes

    À la télévision comme ailleurs, les rédactions sont pilotées par des individus, avec leurs parcours, leurs valeurs et leurs traditions. Sur TF1 et Arte, des personnalités différentes donnent des JT différents.

    Christophe Jackubszyn, directeur adjoint de TF1/LC1 (capture Youtube)Christophe Jackubszyn, directeur adjoint de TF1/LC1 (capture Youtube)

    En parlant de son passage à RMC, Christophe Jakubyszyn – né à Paris, passé par Science-Po et l’HESSEC – dit de la station qu’elle « est surtout écoutée en province », une façon de rappeler que « ce n’était pas vraiment [sa] culture familiale ».

    A part ça, il passe de la Tribune à la tête du service éco du Monde, avant de traiter de « politique gouvernementale » et de rejoindre RMC, BFM. Des échelons gravis sans peur de la surcharge de travail ni des repas avec les politiques (« mais pas de dîners, c’est quand même différent »). Une carrière de cadre en sauts de puce, réussie sans quitter la capitale, qu’il entrecoupe néanmoins d’une année à Bruxelles.

    L’itinéraire qui l’emmène à devenir un proche collaborateur de Nonce Paolini se termine en toute cohérence : il est nommé à 45 ans au poste de directeur adjoint de TF1/LCI chargé du service politique.

    Autre individualité, autre parcours : Marco Nassivera est chez Arte « depuis le début de l’aventure ». Il est depuis 2013 directeur de l’information de la chaîne franco-allemande apparue en 1992 et basée à Strasbourg. Né et élevé dans le Bas-Rhin, il retourne dans la capitale alsacienne après moins de deux ans d’école de journalisme à Paris.

    Il commence comme pigiste, puis permanent, puis rédacteur en chef d’« Arte Reportages » et enfin directeur de l’information de toute la chaîne à 48 ans. Une carrière à l’ancienne, dans une maison qui lui a beaucoup appris, où il dirige maintenant une centaine de personnes.

    Les deux hommes font le même métier. Derrière des fondamentaux identiques, ils recouvrent pourtant différentes réalités.

    Dans une autre vie, Christophe Jakubyszyn était donc fonctionnaire à la commission européenne, où il « [s’] occupai[t] de la dérégulation du secteur des transports ». Paradoxalement, il ne cache pas son désamour de la bureaucratie et du CSA. Comme pour anticiper les critiques sur ses positions libérales face à une assemblée d’étudiants qu’il qualifie « de gauche », il précise de lui-même que « Bouygues est une entreprise familiale ».
    Avec une expertise et une vision pareille du marché, est-ce qu’on ne tend pas à lorgner sur la politique via le prisme de l’économie ? « Oui tout à fait. Il enchaîne : Ce qui est bien car cela préserve de la politique politicienne ».

    Avant TF1, « [son] rêve, c’était de remplacer Bourdin, mais [il] n’étai[t] pas Bourdin ». Les feux de la rampe s’abattent finalement sur lui grâce à ses livres. Le premier, consacré à « un personnage politique intéressant, entrain de monter rapidement : Xavier Bertrand », « ne s’est tiré à 6 ou 8 000 exemplaires ».
    Le second en revanche est écrit avec l’idée que « cette fois, si [il] fai[t] un livre, c’est pour faire un livre qui se vend ! » et qu’il veut « faire un livre à l’américaine ». Une biographie de l’ex-compagne de François Hollande, publiée en 2012, qui lui ouvre les plateaux de télévision « en présence des chiens de garde du PAF [paysage audiovisuel français, ndlr], comme Apathie et compagnie » [rires dans la salle].

    Pour autant, rien ne dit que c’est l’argent seul qui le motive. « Quand on est journaliste, on veut toucher le plus grand nombre ». Forcément. Allez, il concède d’un revers de main qu’il « existe aussi des niches », et qu’il y en a « même quelques unes qui sont un peu intéressantes ».
    « Les gens disent [que la qualité de l’information sur TF1] est mauvaise, mais sur [telle émission], on a fait 1 millions 8 [de téléspectateurs], c’est plus que Fogiel ! ». « Notre JT est le premier JT d’Europe, et donc bien entendu de France », réussit-il à placer 3 ou 4 fois en 1h30.

    Marco Nassivera, directeur de l'information d'Arte (ARTE) Marco Nassivera, directeur de l’information d’Arte (ARTE)

    Loin des paillettes parisiennes, dans un univers totalement différent, Marco Nassivera a fait ses armes au sein d’une radio alsacienne, « libre », locale et associative. Si il n’était pas devenu journaliste, il ferait du théâtre, il en est persuadé.

    « Il aime avoir les mains dans le cambouis et, surtout, il a envie de faire bouger les choses », estime Marie Labory, présentatrice en soirée sur Arte depuis des années, citée par le Monde. Sans pour autant chercher à quitter la niche? La chaîne se targue désormais de fédérer « régulièrement » 700 000 téléspectateurs pour le dernier JT de la journée. Loin des 5 000 000 dépassés quotidiennement par celui de TF1 par exemple.

    Ses fiertés sont ailleurs. Marco Nassivera vend son projet d’un JT quotidien pour enfants, « à l’heure du petit-déjeuner » : « En dehors d’Arte, les chaînes généralistes […] ne propose pas [un tel dispositif]  », assure-t-il.

    A 19h45, le journal classique qui ne présente toujours ni sport ni faits divers, « restera toujours un ovni, conclut le cinquantenaire franco-italien. C’est un journal de choix, non exhaustif ».

    Qu’ils présentent leur travail ou qu’ils parlent de celui des autres, leurs propos sont teintés de valeurs et d’objectifs divergents

    Relancé sur l’audience, Christophe Jakubyszyn commence une diatribe ad hominem et cherche à donner une leçon à un étudiant : « Un bon journaliste, c’est quelqu’un qui pose des questions qui dérangent » (cf son émission « Bureau Politique »). Dix minutes de circonvolutions avant de répondre, la question le dérange quand même un peu.

    Il sait bien que « TF1, pour les gens, c’est l’épouvantail du PAF », mais il n’est pas d’accord. Et puis « maintenant, LCI n’est plus anxiogène ». Et de conclure : « avec TF1, je pense qu’on fait de très bons journaux ».

    Des voyages divergents dans le monde de l’information ont mené les deux hommes à des destinations opposées. Si l’on craint une uniformisation croissante de l’information, il est un chiffre peu rassurant : la part des nouveaux journalistes professionnels issus des « grandes écoles » reste en hausse continue, année après année.

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