Les chaînes d’information en continue face au terrorisme

    Il aime son travail, sait être critique vis à vis de sa chaîne et cherche toujours à comprendre ses collègues. Guillaume Nicolas-Brion travaille à BFM TV depuis 10 ans, il nous parle de la couverture éditoriale des situations de crise.

    Son travail consiste à recevoir tout au long de la journée des images des agenciers de presse à l’étranger. Ensuite, il les sélectionne et les transmet à la rédaction de sa chaîne d’information en continue. Il considère cette activité comme une mission d’éducation. « Ce que je fais avec ces images, explique-t-il, c’est l’inverse de proposer aux marques du temps de cerveau disponible [en référence aux propos de l’ancien PDG de TF1 , ndlr]. Je voudrais faire de BFM TV une sorte de France 24. » 

    Pour lui, certains JRI des chaînes d’information en continue qui réalisent des sujets nationaux « produisent de la standardisation, ne laisse pas de place à la complexité des sujets » : il refuse de faire de même. Mais il ne réussit pas toujours à imposer ces propres sujets internationaux, car parfois l’actualité nationale s’impose.

    « Je ne sais pas si on a tiré les leçons de Charlie, amorce-t-il lorsqu’on l’interroge à ce sujet. Il ajuste ses lunettes sur son nez. C’était la fin de mon année de reportage en Israël ». Bien qu’il préférerait discuter de son travail au Moyen-Orient ou de critique œnologique, Guillaume semble emballer de nous en dire plus sur les événements de novembre 2015, vus de l’intérieur de BFM TV.

    La mise en place d’une édition spéciale n’est, pour lui, pas une question d’argent. La chaîne ne diffuse pas de publicité dans ces cas là. Concrètement, BFM TV n’a pas perçu un centime entre vendredi 13 novembre au soir et jeudi 19 au matin. Pourtant, il reconnaît que l’édition spéciale aurait dû être arrêtée dès le lundi. « On sentait qu’on tournait en rond, que la séquence était terminée. »

    En revanche, Guillaume est satisfait des images diffusées durant ces quelques jours. Dans le cadre de son travail au desk international, il visionne énormément d’images, y compris les plus insoutenables. « Je pense que je m’habitue à ces images difficiles, , confie-t-il, mais je ne pense pas devenir insensible pour autant ». Peut-être est-ce pour cela que les images du 13 novembre semblent, en comparaison, assez pudique. Avec toujours des limites. « Nous avons une décence logique. On ne va pas montrer des cadavres en putréfaction ! », cite-il en exemple. Autre exemple : la vidéo prise dans le restaurant Casa Nostra, qu’il trouve beaucoup moins choquante que sa vente pour 50 000€ à la concurrence.

    Guillaume est entré à BFM TV pour « la priorité au direct », dont il apprécie les qualités. Et si il en concède des défauts, il les juge extrinsèque à l’exercice. « C’est facile de juger cette chaîne. Mais, contrairement à France 2, nous sommes en direct quasiment 24h/24. La télévision d’information en continu, ce n’est pas une science exacte. Il faut improviser si besoin, mais il faut toujours gérer le direct. »

    Entretien mis en forme avec Nina Di Battista.

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