Reposeurs ratp métro parisien anti-pub publicité

[Bondy blog] La RATP ne doit pas se laisser faire par sa régie publicitaire

    La publicité dans les transports en commun parisiens est-il un mal nécessaire ? Justifié par un besoin de financement croissant, l’affichage commercial s’intensifie, sans qu’augmentent les recettes pour la RATP. Pourtant, le groupe bénéficie d’une position dominante dans un secteur publicitaire très porteur.15 Il n’est pas normal qu’il n’en profite pas, en tant qu’organe de service public, pour améliorer le confort de ses usagers.

    [ J’ai écrit une version « un peu » plus rageuse de cet article.

    Elle est à découvrir sur le Bondy Blog ici. ]

    Reposeurs ratp métro parisien anti-pub publicité

    Une affiche publicitaire dans le métro parisien après une action d’un collectif contre la publicité (LES REPOSEURS)

    Cinquante cinq mille dans le métro et plus de vingt mille sur les bus. C’est le nombre d’immenses panneaux que la RATP met à disposition de la régie Media Transports dans les transports en commun parisiens. C’est ainsi que nos trajets quotidiens nous placent face à des dizaines de « faces publicitaires » sur lesquelles nous n’avons, croyons-nous, aucun contrôle. Les actions menées depuis dix ans par des milliers de membres des Reposeurs et autres Brigades Anti-Pub se nourrissent de l’opinion publique et de sondages largement défavorables à cette omniprésence commerciale. En 2013, 64% des sondés par TNS-Sofres déclaraient la publicité « désagréable ».

    Un nain face à un géant

    Le plus souvent, ces cessions de la RATP à des régies publicitaires sont justifiées par un besoin de financement croissant. Media Transports, unique interlocuteur du groupe de transports en commun dans le domaine, lui verse tout de même 70 millions d’euros par an ! Argument qui peut sembler d’autant plus pertinent que le tarif unique du Navigo mis en place en septembre de cette année a été nivelé par le bas et coûtera au groupe presque 500 millions d’euros supplémentaires par an.

    Mais au-delà de cela, imaginons une seconde la table des négociations autour de laquelle s’assoient les groupes RATP et Media Transports. Pour le premier, la manne financière apportée par le second est une broutille. Outre un chiffre d’affaire en 2014 de 5257 millions d’euros, la RATP reçoit surtout annuellement 2083 millions d’euros du STIF, l’organisme public qui assure l’essentiel du budget de fonctionnement des transports parisiens. Perdre les recettes publicitaires ne serait, donc, pas si terrible. Un avantage certain lorsqu’il s’agit de négocier.
    A l’inverse, Media Transports a besoin de la RATP. La régie publicitaire réalise avec elle les deux tiers de son chiffre d’affaire. Une sacrée faiblesse. Et ce n’est pas tout.

    Un lot de promesses non tenues

    Quand de nombreux secteurs publicitaires sont en crise, comme la télévision ou la presse, celui de l’affichage dans les transports fait rêver. Et il bénéficie d’une croissance positive. La RATP offre aux annonceurs de plus en plus de voyageurs, des « cibles » pour les marques, avec 5,6 millions d’usagers quotidiens. Et puis les innovations technologiques, comme les panneaux numériques animés, offrent de nouvelles possibilités aux annonceurs.
    Le secteur est si attractif qu’un grand nombre d’acteurs se pressent aux portes de la salle de négociation pour prendre place autour de la table, comme les géants américains Clear Channel et CBS Outdoor.

    Tous les ingrédients sont réunis. La RATP n’a qu’à faire jouer la concurrence pour que les régies brandissent les offres les moins contraignantes possibles pour les voyageurs et au meilleur prix. Seulement voilà, Media Transports est installée à cette table depuis 1949 et son contrat est renouvelé systématiquement. En 2010, la RATP lance pour la première fois un appel d’offre. Les groupes Media Transports et RATP refusent aujourd’hui de communiquer sur celui-ci. Mais à l’époque, la presse spécialisée explique que pour le remporter, Media Transport fait deux promesses – qui ne seront jamais tenues. D’une part, le nombre de « faces publicitaires » doit diminuer. D’autre part, deux d’entre elles, à chaque station proche d’une mairie d’arrondissement, doivent être mises à disposition de la ville.
    De quoi ravir les associations anti-pub qui s’agitent avec leurs feutres et leurs post-it dans les couloirs du métro ? Encore eût-il fallut que Media Transports respecte ses engagements, n’augmente pas considérablement, entre 2009 et 2015, le nombre de panneaux* et permette l’affichage municipal prévu. D’autant que la somme versée par la régie publicitaire à la RATP, elle, stagne.

    La RATP manque de courage politique

    Les choix de gestion de la RATP nous regardent-ils ? Il y a, à cette fameuse table des négociations imaginaire, des propriétaires derrière chacun des deux acteurs. Publicis et JC Decaux derrière la régie publicitaire, l’Etat français derrière le groupe de transports en commun. Le budget de fonctionnement de la RATP est clair. A travers l’intermédiaire qu’est le STIF, présidé par le président du Conseil Régional, se sont les usagers et les collectivités locales qui paient pour faire tourner les moteurs des métros, bus et tramways.

    Nous sommes alors usagers, financeurs et électeurs. A priori assez d’éléments, en démocratie, pour demander des comptes à la RATP. Et lui suggérer d’user de sa position dominante pour négocier avec une régie réellement prête à réduire le nombre et la taille des publicités commerciales ou encore à permettre une information municipale et pluraliste.

    *En 2010, le journal Les Échos dénombrait quarante mille faces publicitaires. Aujourd’hui, Media Transports en revendique entre cinquante et cinquante-cinq mille, soit une augmentation d’au moins 20 %. Contacté pour cet article, Medias Transports réfute le chiffre des Échos et annonce que le nombre de faces « classiques » est constant – ce n’est donc déjà pas à proprement parler une baisse – mais reconnait que le nombre de faces « numériques » est passé entre 2010 et 2015 de zéro à plus de six cents.

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