Multimédias : Quand entrer en prison est aussi difficile que d’en sortir

    Êtes-vous propulsé au milieu d’une ville que vous ne reconnaissez plus? Êtes-vous sans emploi, sans logement ni amis? Peut-être aussi sans argent, ni formation sur laquelle vous appuyer? Si la réponse est non, vous ne faites pas partie des 70 000 détenus libérés chaque année en “sortie sèche”. Quelle chance !

    Façade de la prison de la santé à Paris Façade de la prison de la santé à Paris – GRIMBERT

    Au 1er janvier 2014, les prisons françaises débordent de leurs 77 883 détenus. L’offre de formation et de travail pénitentiaire insuffisante et inéquitable explique sûrement en partie les taux de chômage et de récidive exubérants des anciens détenus.

    Infographie sur la récidive post-carcérale publiée par Rue89 Infographie sur la récidive post-carcérale publiée par Rue89

    Pour Karim Mokhtari, très engagé pour améliorer les conditions de réinsertion des anciens détenus, le vrai problème est ailleurs. “Un temps d’incarcération, c’est aussi un temps d’exclusion”. A l’intérieur, les règles ne sont pas celles que nous connaissons. Les trafics et la violence font partie du quotidien, plus que partout ailleurs. Les lois de la République ne s’appliquent pas à ces habitants.

    Tout se passe à huis clos. Les détenus ne voient plus et ne savent plus à quoi ressemble la vie à l’extérieur. Ils s’en éloignent inexorablement. Bien sûr, plus la peine est longue, plus le fossé se creuse. “Retrouver une vie normale après la prison, c’est particulier car la normalité est sortie de notre vie”, nous explique à nouveau Karim.

    La prison est un monde à part, coupé du nôtre donc. Nous avons tous des prisons dans nos villes et des anciens prisonniers autour de nous. Pourtant, il semblerait que le “principe de proximité” ne s’applique pas ici, à ces gens si différents. Indicateur pertinent : l’absence de la question pénitentiaire dans le discours politique contemporain est flagrante. Lors de la campagne présidentielle de 2012, la question de la prison est peu abordée. Si ce n’est pour proposer la construction d’établissements supplémentaires…

    Est-ce parce que se ne sont “que des criminels”, qui ne méritent pas “un traitement charitable”, ou dont la société doit se venger, comme en témoignent de nombreux tweets rageurs ?

    Ou plutôt parce que, s’ils ne nous voient pas, nous ne les voyons pas non plus ? La société civile n’est pas habilitée à rentrer en prison. Les journalistes ne sont pas les bienvenus, les associations affrontent des obstacles à répétition… “Même les familles sont aussi maltraitées que les détenus” témoigne Karim.

    En auditionnant des porte-paroles de détenus lors de la Conférence de Consensus de 2012, Mme Taubira progresse. La Garde des Sceaux rend ainsi légèrement moins hermétique la frontière entre ces deux univers qui ne se parlent plus.

    Mais faire pénétrer la société civile en prison risquerait de recréer un lien entre les personnes incarcérées et le “monde normal” qui nous est cher. Cela les exposerait à se réhabituer à la vie en société, à côtoyer des gens pour qui la violence n’est pas monnaie courante. Et cela risquerait d’alléger leur peine et de préparer “l’après” : la fameuse réinsertion.

    En complément: l’analyse de Karim Mokhtari sur la composante psychologique de la réinsertion post-carcérale.

    Dossier réalisé avec Marion Delprierre

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