Un groupe de malfaiteurs: un, plus un, plus un…

    TGI-Bobigny-Chambre (GETTY) Dans une chambre correctionnel au TGI de Seine-Saint-Denis à Bobigny

    La barre n’est pas assez grande pour eux. Dans la treizième chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Seine Saint-Denis se tiennent huit jeunes hommes jugés simultanément. Trois sont coincés derrières une vitre en plexiglas, encadrés d’officiers de police. On leur retire les menottes le temps de parler aux juges par respect pour les magistrats. Les cinq autres se serrent face à l’estrade surélevée qui décide de leur sort aujourd’hui. Enfin aujourd’hui… disons que c’est une étape pour eux.

     Si seulement trois ont la chance de fêter lors de la séance le premier anniversaire de leur détention provisoire, tous sont soumis à des mesures de contrôle judiciaire. Pointage deux fois par semaine au commissariat. Interdiction de pénétrer dans le 93. Interdiction de parler à leurs amis d’enfance, interpellé en même temps qu’eux.

     On leur reproche le transport de stupéfiants -cannabis, cocaïne, héroïne- et l’association de malfaiteurs. C’est à dire, d’avoir mené cette activité ensemble.

     Ils peuvent s’exprimer chacun leur tour. Seuls ou assistés d’un avocat, les jeunes garçons de dix neuf à vingt-six ans demandent une amélioration de leurs conditions actuelles… en attendant un procès de fond en mars (si tous les magistrats s’entendent sur une date, sinon le mois suivant).

    Fofana est le doyen. Il a une promesse d’embauche comme chauffeur dans l’entreprise de son père, une mère pour l’héberger. Il souhaite ne pas retourner en prison avant son procès.

    Yassin est le plus jeune. Pour s’éloigner des « grands », il demandait lui-même,lors de la garde à vue, une mesure d’éloignement au Mans -d’une durée indéterminée. Après un an, sa famille lui manque, ses potes aussi sûrement. Il n’arrive pas à trouver de travail « à la campagne ». Il souhaite pouvoir partir du Mans et revenir dans le 93.

    Ibrahim cherche du travail. Pour preuve, il tient les innombrables refus qu’on lui oppose: si il doit s’absenter une heure tous les deux jours. De toute façon, il ne s’enfuira pas, il n’est pas assez courageux. Il souhaite ne plus avoir à pointer tous les lundis et tous les jeudis.

     Les autres ne sont pas les plus récidivistes d’entre eux. Mais ils sont désillusionnés, résignés. Ils ont abandonnés l’idée d’être maître de leurs vies. Ils ne formulent aucune demande particulière aux juges. Tant pis.

     Ces parcours ne sont pas similaires. Ces espoirs de réinsertion non plus. Cette année vécue loin les uns des autres ne s’est pas déroulée à l’identique dans chacun de leurs corps. Quoi qu’en pense la procureur générale, qui refuse de tenir un discours personnalisé: l’un d’entre eux ne mérite aucun allègement des mesures coercitives – alors aucun d’entre eux. Huit malfaiteurs associés, un seul combat.

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